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Les clés d'un bon suivi : "S’entraîner plus"

01/10/2026

Avant de mesurer la charge d’entraînement, peut-être faut-il commencer par vérifier quelques évidences. L’athlète s’entraîne-t-il suffisamment, suffisamment souvent, s’adapte-t-il et reste-t-il disponible pour recommencer ? Ce premier article montre comment quelques données, un historique individuel et des règles simples permettent de transformer des traces d’entraînement en informations utiles pour mieux questionner ce que l’on observe.

Avant de mesurer la charge, il faut peut-être commencer par compter.

Nous n’avons jamais disposé d’autant de données sur les athlètes : distances parcourues, accélérations, décélérations, puissance, fréquence cardiaque, variabilité cardiaque, questionnaires … Nous mesurons beaucoup, nous calculons, nous agrégeons, nous normalisons, nous comparons, nous modélisons. C’est utile, sans doute indispensable, mais ce faisant nous commençons sans doute par la fin.

Avant de chercher à savoir si un athlète s’entraîne bien, une question beaucoup plus élémentaire doit être posée : s’entraîne-t-il suffisamment ? 

La question paraît presque évidente, mais elle ne l’est pas. Cette interrogation est même, selon moi, l’un des points de départ les plus simples d’un suivi réellement utile à l’entraîneur.

Revenir à quelques questions premières

Dans "Comprendre l’entraînement — De la charge à l’effort", j’ai essayé de revenir aux fondements de ce que nous faisons quotidiennement, aux racines de ce que font des générations d'entraîneurs depuis des siècles. Non pas pour proposer une méthode supplémentaire, encore moins pour ajouter quelques indicateurs à ceux qui existent déjà, mais pour remettre un peu d’ordre dans nos questions.

J’y distingue notamment quatre postulats de l’entraînement : s’entraîner plus ; s’entraîner plus souvent ; s’entraîner mieux ; ne pas toujours s’entraîner. 

Il semble d’une simplicité presque déconcertante, et c’est précisément ce qui les rend intéressants car, derrière cette apparente évidence apparaît déjà une dynamique : Quantité → Fréquence → Adaptation → Disponibilité → nouvelle sollicitation.
L’entraînement devient alors une histoire qui se répète, mais jamais tout à fait à l’identique puisque le corps et l'esprit se transforment. La spirale solliciter, recommencer,  observer ce qui change, laisser suffisamment de disponibilité aide donc à pouvoir solliciter plus et mieux à nouveau. Dans mon ouvrage, je défends précisément l’idée que les axiomes, les postulats et les principes constituent la structure première, primaire, prioritaire permettant d’éprouver nos choix méthodologiques et nos outils, plutôt que de laisser les technologies et autres algorithmes déterminer les questions que nous nous posons, que nous devons nous poser. Et c’est certainement là que devrait commencer le suivi.

Avant les modèles, vérifier les postulats et les principes

Lorsque j’accompagne un entraîneur, je suis de moins en moins convaincu que la priorité soit de commencer par lui présenter un tableau de bord. Je préfère commencer par deux questions : " Qu’essayons-nous de transformer ?", " Qu'essayons de vérifier ?"
Les quatre postulats permettent un premier niveau de lecture, les sept principes séculaires de l’entraînement un second. Continuité, régularité, progressivité, variété-nouveauté, spécificité, saturation, individualisation-personnalisation ne sont pas une check-list, mais des marques de chenal préféré, de danger isolé, des balises cardinales, qui permettent de bien naviguer dans les stratégies, les méthodes, et les contenus d'entraînement.
C’est une étape essentielle. Le suivi ne devrait pas avoir pour fonction de prouver que l’entraîneur applique un modèle, mais devrait lui permettre de confronter ce qu’il pense faire à ce qui s’est effectivement passé, et, pour cela, il n’est pas toujours nécessaire de disposer de données complexes, en grande quantité. Quelques traces correctement enregistrées, un historique individuel et quelques règles explicites suffisent et peuvent déjà beaucoup enrichir la réflexion.

Commençons donc par la première question.

Premier postulat : « s’entraîner plus »

Je le sais, on me le dit souvent, l'expression dérange. Plus ? Toujours plus ? Bien évidemment non. « S’entraîner plus » ne signifie pas qu’il faudrait ajouter des kilomètres aux kilomètres, des répétitions aux répétitions, des séries aux séries, sans compter les heures d’entraînement, jusqu’à épuisement. Ce serait précisément confondre un postulat avec une prescription.
Entraîner, c'est transformer or cette transformation nécessite, impose même, que l’organisme soit suffisamment sollicité pour avoir quelque chose auquel s’adapter. Trop peu de sollicitations et la transformation recherchée a peu de raisons d’apparaître, trop de sollicitations, ou des sollicitations inadaptées, et ce qui devait transformer peut finir par détériorer. C’est exactement cette tension qui m’intéresse.
Dans le livre, je formule cette idée autrement : l’entraînement ne peut pas être réduit à une logique de cumul. Il suppose une lecture des capacités du moment et la capacité de déterminer quand contraindre davantage et quand, au contraire, reculer pour mieux avancer.

S’entraîner plus n’est donc pas un objectif. C’est une hypothèse à examiner.

Et si nous commencions simplement par compter ?
Illustrons avec l'exemple d'un athlète. Sur les sept derniers jours, combien de sollicitations a-t-il réellement connues ? Pas combien étaient prévues, pas combien apparaissaient dans le planning, mais combien ont réellement eu lieu ? Cette distinction est essentielle.
Dans l’exemple présenté ici de mon outil de suivi, l’athlète a connu 19 événements sur les sept derniers jours. Pris isolément, 19 ne signifie pratiquement rien. Beaucoup ? Peu ? Suffisant ? Nous n’en savons rien. 

Et c’est justement là que commence l’analyse.
Plutôt que de comparer immédiatement cet athlète à une norme collective, à une moyenne d’équipe ou à un seuil trouvé dans la littérature, je préfère commencer par comprendre son histoire. Que représentent 19 sollicitations pour lui ? Si l’on dispose de suffisamment d’historiques, il devient possible de construire sa propre distribution du nombre d’événements observés sur des fenêtres successives de sept jours. 

Nous ne comparons plus l’athlète aux autres, nous comparons l’athlète à ce qu’il fait habituellement.
Dans l’exemple présenté, 19 événements appartiennent encore à sa zone habituelle. Cette information est  immédiatement compréhensible par un entraîneur. Elle n'est pas encore une vérité, mais une information.

Trois réponses plutôt qu’un feu rouge et un feu vert
A cet instant, un choix méthodologique devient important. J’ai volontairement refusé de construire un indicateur binaire : bon ou mauvais, vert ou rouge. Binariser ne favorise pas la nuance pourtant indispensable à l'analyse et l'interprétation des différents états de l'athlète, par nature évolutifs et transitoires. L’entraînement mérite mieux qu'une analyse recto-verso.
J’ai donc préféré trois états d’interprétation : « cohérent avec le postulat », « questionnable » et « non évaluable ». Ces trois formulations ne cherchent pas à prendre une décision à la place de l’entraîneur. Au contraire, parce qu'elles ne sont pas catégoriques, qu'elles obligent à approfondir l'analyse, elles aident à préciser ce que les données permettent, ou non, de dire.

Cohérent avec le postulat.
Cela signifie que ce que nous observons reste compatible avec ce que l’histoire individuelle de l’athlète permet d’attendre. Pour « s’entraîner plus », la quantité récente de sollicitations se situe dans une zone compatible avec sa distribution habituelle. Cela ne signifie pas : « C’est bien ». Cela signifie plutôt : « Ce que j’observe ne me donne pas, pour le moment, de raison particulière de remettre ce postulat en question ». La nuance est considérable.

Questionnable.
C’est probablement l’indicateur le plus interessant, parce que questionnable ne veut pas dire mauvais. Il veut dire exactement ce qu’il dit : cela mérite une question, cela impose une analyse plus attentive. Si la quantité récente de sollicitations s’éloigne sensiblement et significativement de ce que l’athlète connaît habituellement, quelque chose s’est passé. Pourquoi ? Modification de la programmation, retour de blessure, calendrier inhabituel, stage, enchaînement de compétitions, séances supplémentaires, données manquantes, choix volontaire de l’entraîneur ? L’algorithme ne peut pas le savoir, et heureusement. Une règle simple peut toutefois le révéler. C’est à l’entraîneur de le savoir. Le rôle de l’indicateur est de lui montrer qu’à cet endroit précis, il pourrait être utile de regarder, de questionner, de contextualiser. Le calcul signale un écart, il ne lui donne pas son sens.

Non évaluable
Bien évidemment, il faut accepter une réponse rarement observée dans un tableau de bord : je ne sais pas. Pas assez d’historiques, des données insuffisantes, des variables non renseignées, des conditions nécessaires à l’interprétation non réunies, etc, dans ces situations, fabriquer malgré tout un chiffre, une couleur ou une conclusion ne rend pas le suivi plus scientifique, mais le rend seulement plus rassurant. Ne pas conclure lorsque les données ne permettent pas de conclure est aussi une méthode.
C’est même probablement l’une des règles les plus importantes d’un suivi sérieux et rigoureux. Mon livre est construit autour de cette posture : accepter l’incertitude sans renoncer à agir, distinguer les principes relativement stables de ce qui dépend du contexte et de l’histoire singulière de l’athlète.

Simple ne signifie pas simpliste
C'est finalement ce que je cherche aujourd’hui à construire avec les entraîneurs que j’accompagne. Je ne cherche pas à produire davantage de données, mais bien plus de meilleures questions.

Pour vérifier « s’entraîner plus », nous pouvons commencer avec quelque chose d’extrêmement sobre.

Il est possible d'utiliser un événement, une date, un athlète, une fenêtre temporelle et son historique, puis de compter, d'observer la distribution, de situer la période récente, et de poser une question lorsque ce que nous observons s’éloigne de ce que l'historique individuel nous avait appris à considérer comme habituel. Rien de spectaculaire, pas d’intelligence artificielle nécessaire; pas de modèle prédictif, pas de seuil universel, mais une simple automatisation de vérification d'une règle simple.
Une succession de données est transformée en une information susceptible d’aider l’entraîneur à réfléchir.
C’est exactement la place que je souhaite redonner aux outils. Dans Comprendre l’entraînement, De la charge à l’effort, je ne propose ni seuils universels ni protocoles prêts à appliquer. Mon intention est de mieux nommer ce qui est observé, de mieux comprendre ce qui est provoqué et de mieux justifier ce qui est décidé.

Et ce n’est que la première question

En effet, savoir qu’un athlète s’entraîne suffisamment ne nous dit évidemment pas s’il s’entraîne suffisamment souvent. Cela ne nous dit pas si ces sollicitations produisent les adaptations recherchées, et cela ne nous dit surtout pas s’il reste suffisamment disponible pour recommencer. C’est pourquoi les quatre postulats ne devraient probablement jamais être lus séparément : Quantité → Fréquence → Adaptation → Disponibilité → nouvelle sollicitation ; une spirale, une histoire individuelle, une temporalité.
Dans le prochain article, nous pourrons donc poser une deuxième question, tout aussi simple en apparence : « S’entraîner plus souvent » signifie-t-il réellement ajouter des séances ? La réponse est probablement moins évidente qu’il n’y paraît.

Pour aller plus loin
Cette série d’articles est une mise en pratique de la démarche développée dans Comprendre l’entraînement — De la charge à l’effort. J’y développe les axiomes, les quatre postulats, les principes séculaires de l’entraînement, mais aussi une conception de la charge, de l’adaptation et du suivi qui cherche moins à prescrire qu’à donner à l’entraîneur les moyens de mieux interroger ce qu’il observe.

Comprendre le pourquoi pour mieux agir sur le comment.
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