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Recherche stagiaire… capable de faire le travail d’un titulaire.

17/08/2026

Le stagiaire miracle

Chaque été, sur les réseaux sociaux, ce sont les mêmes annonces : « Nous recherchons un stagiaire en préparation physique. »

Jusque là, rien d’anormal, surtout sur LinkedIn. La suite est plus surprenante. Ce ne sont plus les conditions du stage qui sont décrites. 

Ce sont les missions d’un préparateur physique :

  • Concevoir les séances.
  • Les animer.
  • Suivre la charge d’entraînement.
  • Prévenir les blessures.
  • Participer à la récupération.
  • Collaborer avec le staff technique.
Autrement formulé : exercer le métier de préparateur physique. Le tout sur une période de huit à 10 mois, soit la saison complète, le plus souvent maintenant, non rémunéré. 

À la lecture de certaines offres, je me demande si les clubs ne rechercheraient pas plutôt un “salarié” gratuit.

Le problème n’est pas tant juridique que pédagogique, car un stage n’est pas censé permettre à un club de remplacer un professionnel à moindre coût.

Un stage est censé former, et former est un métier. Former demande d’avoir un tuteur en capacité de tutorer, Former demande du temps. Former demande de l’énergie. Former demande de la disponibilité. Former suppose d’accepter qu’un stagiaire ne sache pas encore faire. Car pour se former, pour apprendre, le stagiaire doit observer, pouvoir poser des questions, essayer, se tromper, recommencer, s’améliorer.

Or, beaucoup d’offres disent exactement l’inverse.

Elles recherchent un étudiant STAPS qui a un +3, ou un +5, possiblement un +8, déjà suffisamment compétent ; autonome est apprécié ; et surtout capable d’assurer une partie du fonctionnement quotidien de l’équipe.
Soyons honnêtes un instant : à la lecture de certaines offres, les clubs semblent moins rechercher un stagiaire qu’un professionnel qui n’a pas encore le statut ni le salaire.

Évidemment, tous les clubs ne fonctionnent pas ainsi. Certains investissent énormément dans leurs stagiaires et réalisent un véritable travail de formation. Cet article ne leur est pas destiné. Il s’adresse à une dérive que l’on rencontre malheureusement de plus en plus souvent, le tout le plus souvent orchestré par des préparateurs physiques qui se justifient en précisant qu’ils ont commencé ainsi !

Le paradoxe est fascinant.

On ne peut pas regretter régulièrement le manque de compétences des jeunes préparateurs physiques et en même temps les précariser, puis s’étonner qu’ils ne veuillent pas s’investir.

Comment acquérir ces compétences en étant utilisé comme une ressource gratuite ? Sans être accompagné par un professionnel expérimenté ?

Dans un véritable stage, le tuteur investit du temps :

  • Il explique ses choix. 
  • Il partage ses doutes. 
  • Il confronte les idées. 
  • Il donne progressivement des responsabilités. 
  • Il accepte que certaines décisions prennent un peu plus de temps parce qu’elles servent un objectif plus important : apprendre un métier.
Dans un faux stage, le stagiaire devient vite rapidement indispensable. Il travaille, il exécute, il assure le fonctionnement quotidien, et le tuteur supervise de loin, ou pas du tout. Et lorsque le stage se termine, un autre étudiant prend simplement sa place. Le système continue alors de fonctionner, jusqu’au jour où l’on s’étonne de ne pas trouver suffisamment de professionnels expérimentés pour stabiliser un niveau de performance suffisant.

C’est oublier qu’un professionnel ne naît pas compétent, mais le devient à condition qu’un autre professionnel accepte de consacrer du temps à sa formation.

Ce qui est curieux ?

C’est que, dans le sport, tout entraîneur sait qu’un athlète ne progresse ni en brûlant les étapes, ni en étant livré à lui-même. Il sait qu’il faut planifier, périodiser, programmer, appliquer les principes d’entraînement. Il sait même que l’apprentissage est plus important que la performance immédiate.

Alors pourquoi oubliez tous ces principes lorsqu’il s’agit de former les futurs membres des staffs ?

Former un joueur est un investissement. Former un entraîneur en est un autre. Former un préparateur physique également. Un stage ne devrait jamais être une solution économique. Il devrait être l’un des plus beaux investissements qu’un club puisse réaliser, car les athlètes ne sont pas les seuls à devoir progresser. Les entraîneurs aussi. Les préparateurs physiques aussi. Les analystes vidéo aussi. Les kinésithérapeutes aussi. Les médecins aussi. Les dirigeants aussi.

Si nous voulons des professionnels plus compétents demain, il faudra peut-être commencer par considérer les stagiaires autrement que comme un encadré gratuit dans un organigramme.

Les clubs oublient que former coûte du temps, mais que ne pas former coûte beaucoup plus cher. 

Alors, à quoi ressemble une véritable offre de stage ?

La qualité d’une offre de stage ne se mesure pas au nombre de missions confiées, mais au nombre de compétences que le stagiaire aura acquises lorsqu’il repartira.
  • Qui sera le tuteur du stagiaire ?
  • Quelle est son expérience ?
  • Combien de temps pourra-t-il réellement consacrer à son accompagnement ?
  • Quel sera le volume horaire hebdomadaire ?
  • Combien de séances seront observées ? Combien seront progressivement prises en charge ?
  • Quels outils le stagiaire apprendra-t-il à utiliser ? GPS, RPE, plateformes de suivi, tests, vidéo, logiciels d’analyse…
  • Quelles compétences devra-t-il avoir acquises à la fin de son stage ?
  • Quelles responsabilités lui seront confiées… et à partir de quel moment ?
Une véritable offre de stage ne décrit donc pas seulement ce que le stagiaire va produire. Elle décrit surtout ce qu’il va apprendre, quand, comment et avec qui.

La nuance est immense, car un stagiaire n’est pas un préparateur physique à bas coût. C’est un futur collègue, et la manière dont nous le formerons aujourd’hui déterminera en grande partie la compétence des staffs de demain. Car les stagiaires d’aujourd’hui seront les responsables de la performance de demain. 

La question n’est donc pas de savoir combien un stage coûte. La vraie question est de savoir combien coûtera l’absence de formation. On n’accepterait jamais qu’un club confie son équipe première à un “entraîneur stagiaire” autonome pendant dix mois. Pourquoi accepterait-on de faire la même chose avec la préparation physique ?

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